Histoire de la stéréoscopie

Stéréoscope de type Brewster

Pour percevoir de la profondeur, notre cerveau tient compte d’une dizaine d’indices. Les plus connus sont l’occultation des objets éloignés par ceux placés devant, la perspective et la vision binoculaire. Cette dernière a été très clairement comprise et décrite en 1838 par le physicien anglais Charles Wheatstone qui, pour observer en relief ses dessins construisit un appareil qu’il appela STEREOSCOPE. Lors de l’invention de la photographie par Talbot et Daguerre (1839), l’intérêt du nouveau procédé consistait principalement dans le réalisme. Les premiers Daguerréotypes stéréoscopiques furent donc rapidement produits et l’on doit à David Brewster le premier stéréoscope adapté à la photographie (1844). Il serait long de détailler ici les procédés qui se sont succédés depuis la fin du XIX siècle.

La prise de vue est réalisée grâce à un appareil à deux objectifs. Ces derniers, séparés entre eux de 6 ou 7 cm, espacement moyen entre les pupilles humaines, prennent des vues presque identiques qui diffèrent entre elles comme ce que voit chacun de nos yeux.

Pour que le spectateur perçoive ce relief, il faut attribuer à chacun de ses yeux l’image qui lui est destinée  ; le cerveau fusionne les deux images et le sujet en perçoit une seule, en relief. De nombreux procédés ont été imaginés pour obtenir ce résultat. Sur le WEB, trois présentations principales se rencontrent.

  • Les deux images sont placées côte à côte, l’image gauche à gauche, l’image droite à droite. Le spectateur utilise un stéréoscope.
  • Les deux images sont présentées côte à côte, l’image gauche à droite, l’image droite à gauche. Les sujets entraînés les fusionnent très facilement en louchant. (Il est aussi possible de présenter en ligne les images gauche, droite, puis encore gauche, l’observateur choisit alors, entre les précédentes la méthode que lui convient le mieux).
  • Les deux images sont superposées et colorées en un couple de couleurs complémentaires. En général l’image gauche est rouge, l’image droite cyan. L’observateur porte des lunettes dont le verre gauche est rouge, le verre droit cyan. L’observation est très facile, les problèmes de divergence sont éliminés et la taille de l’image n’est plus limitée. Malheureusement, la luminosité est amoindrie et les couleurs éventuelles sont médiocres. La différence de couleur reçue par chaque rétine peut créer une gêne.

Stéréoscopie et patrimoine

Les images stéréoscopiques constituent un trésor inépuisable pour l’étude de l’état passé de notre patrimoine. Elles proviennent de deux sources principales  : les clichés d’amateurs et les vues commerciales.

Arcachon, la rue du Casino (Fonds Denant)

Les premières se présentent presque toujours sous forme de plaques de verre de format 60 x 130  mm ou 45 x 107 mm tirées par contact. L’émulsion en est très fragile, et, manipulées sans soin, elles sont presque toujours rayées. Ce sont des pièces uniques, la date et le lieu de prise de vue sont rarement précisés. Toutefois, comme la stéréoscopie était un procédé très fréquent chez les amateurs entre 1900 et 1930, elles sont innombrables et une recherche patiente révèle des trésors inattendus.

Les secondes peuvent aussi se présenter sous la forme de plaques de verre, on les distingue des travaux d’amateurs par l’identification imprimée sur le cliché, et non manuscrite à la plume. Elles font partie de séries éditées en nombre. En France, Jules Richard est l’éditeur le plus connu.

Carte stéréoscopique de C. Guerry - Fonds Carrier

Toutefois, on connaît surtout les cartons de 9  x  18  cm. Le sujet est imprimé, le nom ou les initiales du photographe ou de l’éditeur suivent parfois, la date d’édition (ou de prise de vue) sont plus rares. Les identifications sont encore compliquées par un piratage très fréquent à l’époque.

 

Carte de Jean Andrieu éditée par Adolphe Block - Fonds de la Médiathèque Intercommunale Pau-Pyrénées.

Dans le Sud-Ouest, on rencontre la signature J.A. Pour Jean Andrieu, L.L. Pour Léon et Lévy, Neurdein…

Carte stéréoscopique Keystone View Company

Aux Etats-Unis, de nombreux éditeurs produisaient plusieurs milliers de cartes par jour. Entre les plus connus, Underwood & Underwood  et Keystone View Company qui possédait deux millions de négatifs en 1935 et ne cessa son activité de production qu’en 1939. Ses vues portent un précieux numéro de négatif et un numéro propre à une collection (le même cliché se retrouve dans plusieurs séries avec une position différente, Tour du Monde en 100, 200, 600 ou 1200 vues…). . Son catalogue dépassait les 43  000 références. Ces vues étaient vendues aux écoles, pour l’enseignement de la géographie ou aux particuliers qui les collectionnaient et les admiraient en famille. Le dogme victorien était  : Un stéréoscope dans chaque foyer.  La maison Sears, aux États-Unis, employait une centaine de personnes pour enregistrer les commandes.

Ces clichés sont souvent repris dans des livres d’histoire, mais de manière monoscopique, les auteurs actuels ne comprenant pas l’intérêt du relief. Il existe aussi des livres et revues totalement ou partiellement dédiés à l’histoire de la stéréoscopie, des monographies par lieu ou par sujet. Ils concernent surtout les États  Unis où les collectionneurs sont nombreux et ont beaucoup écrit.

En France, le Stéréo-Club français  regroupe de nombreux passionnés de l’image en relief  ancienne ou moderne. L’union Stéréoscopique Internationale sert de lien entre les pays. Ces deux associations publient chacune un intéressant périodique.

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